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En France, la fraude cyber représente désormais plusieurs milliards d’euros de pertes annuelles pour les entreprises. PME, ETI, grands groupes : aucune organisation n’est épargnée (fraude par usurpation d’identité, compromission de messagerie, ingénierie sociale alimentée par l’intelligence artificielle). Les modes opératoires se sophistiquent et se diversifient à grande vitesse.

Pourtant, une idée reçue persiste : beaucoup d’entreprises pensent que leur assurance fraude suffit, ou au contraire que l’assurance cyber ne couvre pas les actes de fraude. En réalité, la frontière entre les deux est floue, les contrats varient fortement, et certaines zones grises peuvent exister.

Dans cet article, nous faisons le point sur les deux grandes catégories de risque (fraude cyber et fraude interne), les différences clés entre contrat d’assurance fraude et contrat d’assurance cyber, et les conditions indispensables pour être indemnisé.

 

1. La fraude cyber : deux grandes familles de vecteurs

La fraude cyber correspond à une perte financière directe subie par une entreprise à la suite d’un acte frauduleux réalisé via un environnement numérique, pouvant résulter soit d’une manipulation (ingénierie sociale), soit d’une compromission du système d’information, soit d’une combinaison des deux.

1.1 La fraude par ingénierie sociale (sans intrusion informatique)

L’ingénierie sociale repose sur la manipulation psychologique d’un collaborateur, sans qu’il soit nécessaire de pénétrer le système informatique de l’entreprise. Le fraudeur exploite la confiance, la hiérarchie et l’urgence pour obtenir un virement ou des informations sensibles.

La fraude au président et la fraude au fournisseur (FOVI) constituent les formes les plus courantes et les plus coûteuses. Ils reposent tous deux sur l’usurpation d’identité, mais ciblent des interlocuteurs différents.

  • La fraude au président 

La fraude au président (FOVI : Faux Ordre de Virement International) consiste à usurper l’identité d’un dirigeant pour convaincre un collaborateur d’effectuer un virement urgent et confidentiel. Elle exploite la pression hiérarchique et le sentiment d’urgence. Avec l’IA générative, il est désormais possible de cloner la voix ou l’image d’un dirigeant (deepfake) pour renforcer la crédibilité de l’attaque.

  • La fraude au fournisseur 

La fraude au fournisseur consiste à usurper l’identité d’un fournisseur légitime pour modifier ses coordonnées bancaires (faux RIB) et détourner un paiement. Elle s’inscrit dans des échanges habituels et peut passer totalement inaperçue.

  • Les autres formes d’ingénierie sociale

    • Phishing classique : emails frauduleux imitant une entité connue
    • Spear phishing : attaques ciblées et personnalisées sur la victime
    • Vishing : fraude par appel téléphonique
    • Manipulation via messageries instantanées (WhatsApp, Teams, Slack)

Caractéristique clé : la manipulation humaine ne nécessite pas d’attaque informatique. Le système d’information n’est pas compromis.

1.2 La fraude avec compromission du système d’information

Dans ce second scénario, le fraudeur accède au système d’information de l’entreprise pour rendre la fraude crédible ou l’exécuter directement depuis l’intérieur.

  • Compromission de messagerie : prise de contrôle d’une boîte email professionnelle réelle
  • Usurpation d’identité interne : utilisation d’un compte réel pour initier des paiements frauduleux
  • Interception de flux financiers : modification de transactions en cours
  • Intrusion dans l’ERP ou la comptabilité : altération de données financières

Caractéristique clé : présence d’une attaque informatique avérée, la fraude est directement liée à la compromission du SI.

 

2. La fraude interne : un risque distinct

La fraude interne correspond à une perte financière ou patrimoniale subie par une entreprise résultant d’un acte intentionnel, frauduleux ou malhonnête commis par une personne disposant d’un accès légitime à ses ressources (salarié, dirigeant, prestataire), dans le but d’en tirer un avantage personnel ou de nuire à l’entreprise.

Exemples concrets de fraude interne :

  • Détournement de fonds par un comptable ou un directeur financier via des virements fictifs
  • Falsification de notes de frais ou de factures fournisseurs par un salarié
  • Abus de confiance d’un dirigeant utilisant les ressources de l’entreprise à des fins personnelles
  • Complicité interne dans une fraude externe (préposé complice d’un tiers fraudeur)
  • Vol de données confidentielles ou de fichiers clients par un prestataire
  • Manipulation d’un système de paie par un responsable RH pour majorer ses propres rémunérations

Point d’attention : la fraude interne implique souvent une personne de confiance, ce qui la rend difficile à détecter et particulièrement coûteuse. Les contrôles internes (séparation des tâches, double validation, audits réguliers) sont le premier rempart.

 

3. Tableau comparatif : quels scénarios sont couverts par quel contrat ?

Ce tableau synthétise la couverture de chaque scénario de fraude selon le type de contrat. Il constitue un repère utile mais ne remplace pas l’analyse des conditions générales de votre contrat spécifique, qui peuvent varier sensiblement d’un assureur à l’autre.

Scénario de fraude

Contrat fraude

Contrat assurance cyber

Fraude au président (FOVI) sans compromission du SI

✅ Oui (fraude externe)

⚠️ Selon contrat

Fraude au fournisseur (faux RIB, sans intrusion)

✅ Oui (fraude externe)

⚠️ Selon contrat

Phishing (sans compromission du SI)

⚠️ Selon contrat

⚠️ Selon contrat

Deepfake vocal / vidéo

⚠️ Non anticipé dans anciens contrats

⚠️ Selon contrat

Fraude avec compromission de messagerie

❌ Exclu (malveillance informatique)

✅ Oui (cœur du contrat cyber)

Cyber fraude (Intrusion SI / ERP)

❌ Exclu (malveillance informatique)

✅ Oui

Fraude interne (salarié, dirigeant, prestataire)

✅ Oui (fraude par préposé)

❌ Exclu

Note : les couvertures varient selon les contrats et les assureurs. Certains contrats cyber récents ont élargi leur périmètre pour couvrir certaines fraudes par ingénierie sociale sans compromission du SI, à condition qu’elles soient liées à un vecteur numérique. L’analyse de vos conditions générales reste indispensable.

 

4. Assurance fraude et assurance cyber : comprendre les différences

4.1 L’assurance fraude : une logique pénale

L'assurance fraude est construite autour d'une logique pénale : elle couvre les actes frauduleux intentionnels définis par le Code pénal (escroquerie, abus de confiance, faux et usage de faux, vol), indépendamment de toute compromission informatique.

Elle couvre généralement les détournements de fonds internes, les falsifications de documents, et certaines fraudes externes incluant l'usurpation d'identité et les transferts frauduleux. En revanche, la plupart des contrats fraude excluent expressément les pertes résultant d'un acte de malveillance informatique, c'est-à-dire toute fraude rendue possible par une intrusion dans le SI.

Point de vigilance : les nouveaux modes opératoires (deepfake, fraude via ERP, outils collaboratifs) ne sont pas toujours anticipés dans les contrats les plus anciens.

À noter également : le contrat fraude est souvent significativement plus coûteux qu'un contrat d'assurance cyber, avec des primes qui peuvent représenter un frein pour les PME et les structures de taille modeste.

4.2 L’assurance cyber : une logique technique et globale

L’assurance cyber couvre les incidents ayant une composante informatique : compromission de messagerie, intrusion dans les systèmes, accès frauduleux. Elle prend le relais du contrat fraude lorsque la fraude résulte d’une attaque informatique avérée.

Elle couvre également des frais que le contrat fraude ne prend pas en charge : investigation forensic, assistance juridique, gestion de crise, restauration des systèmes, pertes d’exploitation. Ces coûts peuvent rapidement dépasser le montant du préjudice direct.

Point d’évolution important : historiquement, les contrats cyber ne couvraient la fraude qu’en cas de compromission du SI. Aujourd’hui, certains assureurs ont élargi leur périmètre pour inclure certaines fraudes par ingénierie sociale, à condition qu’elles soient liées à un vecteur numérique. Cette évolution est significative mais variable selon les contrats.

4.3 Les deux contrats sont complémentaires

Les zones grises les plus fréquentes entre les deux contrats :

  • La fraude interne est couverte par le contrat fraude mais exclue des contrats cyber
  • La fraude résultant d’une intrusion informatique est exclue du contrat fraude mais couverte par l’assurance cyber
  • La fraude par ingénierie sociale pure peut être limitée dans les deux contrats selon les conditions
  • Des plafonds insuffisants ou des définitions trop restrictives peuvent laisser des angles morts

Sans structuration adaptée, certaines situations peuvent ne pas être indemnisées, même avec deux contrats en vigueur.

 

5. Les conditions indispensables pour être indemnisé

Être assuré ne suffit pas. L’indemnisation dépend du respect de plusieurs conditions que les assureurs examinent systématiquement.

5.1 Les procédures internes obligatoires

Les assureurs exigent des contrôles internes minimaux. Sans eux, la garantie peut être refusée même si le sinistre est couvert contractuellement :

  • Double validation des paiements au-delà d’un certain montant (séparation entre l’initiateur et le validateur)
  • Procédure de contre-appel systématique pour tout changement de coordonnées bancaires fournisseur
  • Vérification systématique avant tout virement exceptionnel ou urgent

Avec la généralisation de l’IA générative, ces contrôles deviennent encore plus critiques : un deepfake vocal peut paraître parfaitement authentique. La robustesse des procédures internes est le premier rempart.

5.2 Les exigences techniques (assurance cyber)

  • Authentification multi-facteurs (MFA) sur les comptes critiques
  • Sensibilisation régulière des collaborateurs aux risques de fraude
  • Plan de réponse aux incidents documenté

5.3 Les délais de déclaration : une condition souvent sous-estimée

Les délais contractuels sont stricts et leur non-respect peut entraîner une déchéance totale de garantie. Ces délais varient selon les contrats et les assureurs. Nous vous invitons à vérifier ceux qui figurent dans vos conditions générales.

En cas de sinistre, la première action est de contacter votre courtier et votre assureur immédiatement, avant même de procéder à des paiements compensatoires.

5.4 Les exclusions fréquentes

  • Négligence grave caractérisée (absence totale de contrôle de base)
  • Non-respect manifeste des procédures internes documentées
  • Fraude interne non couverte contractuellement
  • Sinistre déclaré hors délai
  • Fraude connue de l’assuré à la date d’effet du contrat

 

6. Les pièges à éviter dans son contrat

Tous les contrats ne se valent pas. Les principaux pièges observés :

  • Définition trop restrictive de la « fraude » qui exclut les nouvelles formes d’attaque (deepfake, ERP, outils collaboratifs)
  • Absence de couverture des fraudes par ingénierie sociale ou couverture limitée à des plafonds insuffisants
  • Contrats fraude n’ayant pas évolué face aux nouveaux modes opératoires
  • Chevauchements ou lacunes entre le contrat fraude et le contrat cyber créant des angles morts
  • Conditions de mise en œuvre trop restrictives rendant la garantie pratiquement inaccessible
  • Plafonds de garantie sous-dimensionnés au regard du risque réel

 

7. Comment bien structurer sa couverture contre la fraude ?

7.1 Cartographier ses risques spécifiques

La première étape consiste à identifier les scénarios de fraude les plus probables selon son activité, son organisation et ses flux financiers. Une entreprise avec de nombreux fournisseurs internationaux n’a pas le même profil de risque qu’un cabinet de conseil ou une association.

7.2 Définir le bon périmètre de couverture

Pour les entreprises principalement exposées aux risques numériques (compromission de messagerie, phishing, fraude via vecteur digital) un contrat d'assurance cyber bien structuré constitue le socle essentiel. Il présente également l'avantage d'être accessible à un tarif plus compétitif que le contrat fraude, ce qui en fait une première approche pertinente pour les structures de taille modeste ou celles qui souhaitent poser une base de couverture solide avant d'aller plus loin.

L'opportunité d'y associer un contrat fraude s'évalue au cas par cas, notamment selon l'exposition au risque de fraude interne et la capacité budgétaire de l'entreprise.

7.3 Analyser les conditions générales dans le détail

Les définitions contractuelles, les exclusions et les conditions de mise en œuvre varient fortement d’un contrat à l’autre. Une garantie peut sembler couvrir un scénario en titre et l’exclure en pratique via une clause restrictive.

7.4 Se faire accompagner par un expert

Cyber Cover, courtier spécialisé en assurance cyber, accompagne plus de 700 entreprises dans la structuration de leur couverture face aux risques de fraude numérique. Notre rôle : sélectionner le contrat adapté à votre profil de risque, analyser les conditions générales dans le détail et identifier les zones grises contractuelles pour sécuriser durablement votre activité.

 

Conclusion

Fraude cyber et fraude interne sont deux catégories de risques distinctes, qui appellent des réponses assurantielles différentes. Face à la sophistication croissante des modes opératoires (ingénierie sociale, compromission de messagerie, deepfake) l’assurance cyber constitue le socle indispensable pour les entreprises exposées aux risques numériques.

Bien structurée et adaptée à votre profil de risque, elle permet de couvrir les scénarios les plus fréquents et les plus coûteux, tout en anticipant les zones grises que les contrats standards ne traitent pas toujours correctement.

Cyber Cover, courtier spécialisé en assurance cyber, accompagne plus de 700 entreprises dans cette démarche. Contactez-nous pour une analyse de votre exposition aux risques de fraude et une recommandation adaptée à votre situation.

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FAQ - Questions fréquentes

  • L’assurance cyber couvre-t-elle la fraude au président ?

Pas systématiquement. Historiquement, les contrats cyber exigeaient une compromission du SI pour intervenir. Aujourd’hui, certains assureurs ont élargi leur périmètre pour inclure les fraudes par ingénierie sociale liées à un vecteur numérique, mais pas tous, et pas dans les mêmes conditions. Il est indispensable de vérifier ce point dans votre contrat.

 

  • Quelle est la différence entre assurance fraude et assurance cyber ?

Le contrat fraude couvre les actes frauduleux intentionnels définis par le Code pénal, indépendamment de toute compromission informatique. Le contrat cyber couvre les incidents ayant une composante informatique et leurs conséquences financières. Les deux sont complémentaires : le contrat fraude excluant généralement les actes de malveillance informatique, et le contrat cyber excluant généralement la fraude interne.

 

  • Que faire en cas de fraude cyber pour être indemnisé ?

Agir vite : contacter immédiatement votre courtier et votre assureur, déposer plainte auprès des autorités dans les délais prévus au contrat, conserver toutes les preuves, et ne pas effectuer de virements compensatoires sans accord préalable de votre assureur.

 

  • Les PME sont-elles concernées par la fraude cyber ?

Oui, et elles représentent une cible privilégiée : moins de procédures de contrôle, moins de ressources dédiées à la cybersécurité. Les montants détournés peuvent mettre en danger la trésorerie et la survie de l’entreprise.

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